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Observatoire des Migrations en Bretagne

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Thème : Histoire
Population : Réfugiés
Origine : Espagne

Etrangers et réfugiés espagnols dans le Morbihan de 1936-1939
Lieu de l'étude : Morbihan (56) - 1991

Auteur : Cabrera I.
Formation : histoire
Institution : Université Rennes 2
Diplôme : maîtrise
Tuteur : Sainclivier J.
Type document : mémoire
Support : papier
nbre de pages : 92 + annexes
Iconographie : oui

Localisation : cote : MH1215, Bibliothèque du CRHISCO, Université Rennes 2, place du Recteur Henri Le Moal, 35000 Rennes, Bât. N, Porte N 201, contact : renan.donnerh@uhb.fr au 02 99 14 18 94.
Accessibilité : consultable sur place (étudiants, enseignants, chercheurs), photocopiage possible
Autre localisation : Archives départementales du Morbihan, 80 rue des Vénètes, BP 405, 56000 Vannes, 02 97 46 32 52, http://archives.cg56.fr
Accessibilité : Consultable sur place, photocopiage possible

Résumé

Le travail est principalement fondé sur un dépouillement des archives départementales du Morbihan : « versements au Cabinet », « Sûreté générale » (1M), « Sûreté générale, réfugiés politiques » (4M).
Dans la première partie consacrée au tableau général des étrangers dans le Morbihan, l'auteure rappelle leur très faible nombre avant la Seconde Guerre mondiale (1028 en 1936), d'origine très diverse (italienne surtout; espagnole, anglaise, belge, européenne de l'Est, p. 20) et donne de très intéressantes précisions sur la suspicion qui existe néanmoins à l'égard de ces allogènes, de la part tant de travailleurs locaux (document de 1938 sur les agressions des Italiens par des Français dans une carrière de Hennebont, p. 18), que de syndicats professionnels (intervention de l'Union des artisans du Morbihan, à Vannes, pour limiter l'arrivée d'artisans étrangers en 1935, annexe 5) ou des pouvoirs publics (décret fixant le pourcentage d'étrangers dans chaque corps de métier du Bâtiment dans le département, annexe 7 et document p. 18 ; note préfectorale secrète appelant à inscrire sur le « carnet B spécial » les étrangers qui, sans se livrer à des actes illégaux, "paraîtront néanmoins sujets à devenir des agitateurs", annexe 9). L'auteure détaille les mesures de surveillance des étrangers (p. 23 et suiv.), qui concerne surtout plusieurs fascistes italiens, notamment réunis autour de la fascio créée à Lorient. La population de cette ville marqua d'ailleurs son hostilité à la politique internationale menée par l'Italie (en janvier 1939) et cela fit naître une certaine animosité vis-à-vis du président de ce groupe d'activistes fascistes (p. 28).
L'immigration est surtout ouvrière (Italiens dans le Bâtiment, Espagnols et Belges dans le secteur commercial ; Européens de l'Est dans les industries de transformation extractives, et Britanniques comme ecclésiastiques et étudiants).
La seconde partie (p. 32-88) traite spécifiquement des réfugiés espagnols. Après avoir rappelé les circonstances de l'afflux de réfugiés dans le Morbihan, qu'elle estime à 2500-3000, (essentiellement des femmes et des enfants), l'auteure décrit un accueil français plutôt froid, par un gouvernement Daladier hostile aux communistes. « Méfiance et esprit d'économie » (p. 39) perdurent, au niveau national, même après la victoire du Front Populaire en France. Et cela se répercute dans le Morbihan où les opinions politiques des réfugiés, quelquefois vigoureusement manifestées, effraient des « Français de l'Ouest » réputés modérés. Mais cela n'empêche pas les meetings de soutien, les collectes, les galas de bienfaisance destinés à soutenir les victimes de Franco, organisés par le « rassemblement populaire » des forces de gauche. La Ligue des Droits de l'Homme et le syndicat métallurgiste des Forges d'Hennebont semblent actifs dans ces actions. Mais les milieux de droite sont plus réservés et la propagande nationaliste demande dans des tracts « des billets gratuits pour l'Espagne. Aller. Pas de retour » (p. 44). L'Action Française parvient à réunir 600 personnes à Lorient en 1939 dans une conférence faisant l'apologie de Franco (annexe 17).
L'accueil des réfugiés dans le Morbihan (1535 personnes en 1937 ; 2382 en 1939) a été assuré sur pas moins de 22 sites différents ainsi que dans quelques familles (2 % de l'accueil à Lorient), tandis que le matériel nécessaire a pu être réuni grâce au concours de l'armée et des dons de particuliers. Quant à la nourriture, jugée satisfaisante, d'abord distribuée par l'Armée, elle a ensuite été prise en charge par les municipalités ou les centres d'accueil. Des groupes humanitaires nationaux ou internationaux ont également contribué à fournir une aide. La vie dans les camps (l'exemple de l'ancien hôpital de Vannes est détaillé, p. 61) est strictement réglé, qu'il s'agisse de l'emploi du temps et des heures de sorties l'après-midi, les hommes étant séparés du reste des réfugiés (sauf dans les regroupements familiaux) et les miliciens interdits d'accès. L'oisiveté, considérée comme très nocive est combattue, d'autant que les rumeurs populaires, à Pontivy, s'inquiètent du confort de vie des réfugiés, quand les habitants du crû voient leur cotisations augmenter? (p. 70). Le préfet est donc assez réservé sur cet accueil, comme le montre sa correspondance avec le ministre de l'Intérieur et cherche à créer des ateliers où travailleraient cette main d'?uvre, notamment pour l'armée (en plus des 1000 miliciens occupés sur le chantier de Coëtquidan).
La santé fait ensuite l'objet d'un détail statistique des cas traités et des décès (une vingtaine d'enfants recensés au début 1939, p. 73). La présence d'enfants isolés pose également un problème (28 enfants en mars 1939). L'analyse de la gestion des camps donne le détail des budgets et souligne, encore une fois, l'inquiétude de la population de Pontivy devant les frais occasionnés (p. 77).
Cette charge financière, de même que l'entrée dans la guerre de la France sont les raisons qui vont amener le gouvernement français à hâter le rapatriement des réfugiés espagnols, lequel doit, cependant, rester volontaire (1307 rapatriements de mars à décembre 1939, dont 182 départs pour le Mexique ; 380 miliciens demandant un départ pour l'Amérique latine en septembre 1939). Pour les autres, les hébergements familiaux (familles en France) ou les regroupements si le père a été embauché comme travailleur libre (hors enrôlement), sont encouragés. Et l'entrée dans la guerre oblige à rechercher de la main d'?uvre pour remplacer les hommes mobilisés.

Commentaire

Le mémoire fait un large usage des archives départementales, qu'il utilise avec un sens critique développé, en fournissant en annexes de nombreuses pièces utiles à la compréhension de la période. La peinture de l'accueil des réfugiés espagnols dans le Morbihan complète, tout en abondant dans le même sens, celle donnée par les travaux de J. Gouiffes et surtout d'I. Guépin. Il renforce le sentiment qu'on a d'un accueil mesuré, fait de craintes financières, de peur de la propagande des Républicains et de l'embauche d'étrangers en période de chômage, mais où s'exprime néanmoins la solidarité des mouvements de gauche et la compassion assez générale pour les exilés, femmes et enfants notamment ? ceux-ci, comme le montre les statistiques de mortalité, ont eu à souffrir de l'exode malgré un accueil matériellement acceptable dans le Morbihan.
S'il fallait émettre une réserve à l'encontre de ce bon document, on regretterait que les sources orales soient absentes ou utilisées de façon peu équilibrée (deux témoignages seulement, de personnes ne résidant plus en Bretagne, dont l'une évoque les conditions très pénibles des camps de concentration ?comme on les appelait alors ? pour miliciens, dans le Sud de la France).
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