
Observatoire des Migrations en Bretagne
Répertoire des travaux sur l'immigration étrangère en BretagnePrésentation | Bilan documentaire | Liens
Fiche Document << Retour
Thème : Histoire
Population : Réfugiés
Origine : Espagne
Les réfugiés espagnols en Ille-et-Vilaine de 1936 à 1940
Lieu de l'étude : Ille-et-Vilaine (35) - 1969
Auteur : Gouiffes J.
Formation : histoire
Institution : université Rennes 2
Diplôme : maîtrise
Tuteur : Bensoussan A., Botrel J.F., Denis M.
Type document : mémoire
Support : papier
nbre de pages : 109 + annexes
Iconographie : oui
Localisation : cote : MH612, Bibliothèque du CRHISCO, Université Rennes 2, place du Recteur Henri Le Moal, 35000 Rennes, Bât. N, Porte N 201, contact : renan.donnerh@uhb.fr au 02 99 14 18 94.
Accessibilité : consultable sur place (étudiants, enseignants, chercheurs), photocopiage possible
Résumé
Alors que les combats entre nationalistes et républicains font rage en Espagne, le premier convoi de femmes, d'enfants et de vieillards espagnols arrivent en gare de Rennes, venus du port de La Rochelle où ils avaient été débarqués, en juin 1937. D'autres suivront pour totaliser, en février 1939, 2956 personnes (500 000 en France) - parmi lesquelles peu d'hommes adultes car ceux-ci sont gardés dans des centres de concentration du Sud de la France et les miliciens, renvoyés en Espagne après avoir reçus des soins ? (à l'Hôtel-Dieu et au Camp de Verdun, route de Nantes, pour ce qui est de Rennes) accueillis par les pouvoirs publics et répartis dans les différents départements bretons. Les derniers arrivés sont dans un état d'épuisement et de sous-alimentation intense.
Commence alors une vaste opération de recherche de lieux d'accueil à mesure que les combats font affluer de nouveaux réfugiés : prisons de Vitré et de Redon (l'inspecteur de l'Hygiène qui contrôle tous les bâtiments demande qu'on efface les inscriptions figurant au-dessus de la porte d'entrée pour ne pas choquer la nouvelle population accueillie !), camps militaires, immeuble privé de la rue d'Inckermann à Rennes puis ancien orphelinat de la Providence à Fougères, domaine de la Piletière appartenant à l'Asile psychiatrique départemental, bâtiments désaffectés du Moulin de Saint Cyr à Rennes? Des comités de secours viennent soutenir l'action publique à Redon, Rennes, Vitré, Fougères.
Avec l'éclatement de la Seconde guerre mondiale, la plupart des réfugiés sont invités à rentrer en Espagne mais 600 demeurent en Ille-et-Vilaine et sont logés dans les locaux d'une mine désaffectée de Vieux-Vy-sur-Couesnon (30 kms de Rennes). Les locaux sont en général assez satisfaisants sauf le camp de Verdun pour lequel des réfugiés adressent une protestation au ministre de l'Intérieur. Mais c'est le camp de Vieux-Vy qui fait l'objet de travaux particuliers ? avec l'aide d'Espagnols - car, isolé du village, il doit se suffire à lui-même (infirmerie, cuisine, téléphone, ligne électrique). Il abritera des réfugiés jusqu'en mai 1940.
Partout, les Préfectures tentent de rassembler, avec l'aide de l'Armée et sur un maigre budget, les objets de première nécessité. La Municipalité, à Rennes, participe à cet effort. Dans la répartition des tâches, l'organisation de la vie des réfugiés, ainsi que son contrôle, revient au Commissaire Central de Police de la ville d'accueil. Les difficultés de communication sont importantes car rares sont les réfugiés à parler français. Les gardiens des camps sont souvent les seuls interlocuteurs des Espagnols car les mouvements de ceux-ci sont strictement réglementés afin d'éviter toute propagande de leur part à l'extérieur des camps et, également, de prévenir tout conflit entre réfugiés eux-mêmes, dont certains sont d'obédience nationaliste (p. 43). Mesures sévères, surveillance du courrier ? surtout dans les camps les plus grands - sont donc le lot quotidien des réfugiés qui peuvent néanmoins aller suivre des cours du soir en 1938 Boulevard de la Liberté à Rennes.
Autant que l'ordre, la surveillance de l'hygiène est l'objet d'attention dans ces lieux de concentration de population. C'est d'ailleurs dans un but de prévention que les réfugiés sont dispersés dans toute la France et dans tout le Département. Vaccinations, contrôles sont effectués (cas de gale, de fièvre typhoïde, de rougeole et décès suite aux privations de l'exode). Mais le taux d'hospitalisation, en Ille-et-Vilaine (à l'Hôtel-Dieu, en ce qui concerne la ville de Rennes) comme partout en France est très élevé et plusieurs dizaines de réfugiés (essentiellement de jeunes enfants et des vieillards) décèdent dans l'exil.
D'autres aspects de la vie quotidienne sont abordés : alimentation ; cours aux enfants et aux adultes, chomage forcé des hommes, la plupart agriculteurs qui ne trouvent pas à s'embaucher dans une région qui connaît déjà l'exode rural massif ; baptêmes d'enfants ; budgets et allocations journalières versées aux réfugiés.
Une autre partie détaille les mouvements des réfugiés espagnols, retours au pays (accélérés par l'entrée en guerre de la France contre l'Allemagne), quelques départs pour des pays tiers (Amérique du Sud, URSS), recherche de famille dans d'autres départements français, ou accueils dans des familles françaises ou d'origine espagnole, strictement contrôlés par les autorités françaises. Les départs sont fortement encouragés mais doivent rester volontaires.
Enfin, le dernier chapitre traite des réfugiés politiques. En août 1939, en effet, les adultes sont invités à prendre une décision concernant leur demande d'asile ou leur ralliement au régime franquiste. Parmi ceux qui restent, 71 sont répertoriés comme communistes et d'autres comme anarchistes, soit 300 personnes au total hébergées à Vieux-Vy. Dès lors commence la recherche d'emplois (essentiellement dans l'agriculture et l'industrie), facilitée par la mobilisation des hommes français (liste des emplois p. 98 et suiv.). Ces Espagnols sont finalement considérés comme des étrangers ordinaires et placés sous le régime du droit commun vers août 1940. Ce sont donc finalement quelque 500 personnes qui s'installent dans le département dont certaines, isolées dans les campagnes et assignées au travail agricole dans les fermes bretonnes désertées.
Commentaire
S'il fallait émettre une réserve à l'encontre de ce bon document, on regretterait que les sources orales soient absentes ou utilisées de façon peu équilibrée (deux témoignages seulement, de personnes ne résidant plus en Bretagne, dont l'une évoque les conditions très pénibles des camps de concentration ?comme on les appelait alors ? pour miliciens, dans le Sud de la France).
