Skip navigation
Observatoire des Migrations en Bretagne

Observatoire des Migrations en Bretagne

Répertoire des travaux sur l'immigration étrangère en Bretagne
Présentation | Bilan documentaire | Liens

Recherche de documents
[Aide]

Thèmes | Populations | Origines
Fiche Document     << Retour
Thème : Histoire
Population : Réfugiés
Origine : Espagne

La vie des émigrés espagnols de 1937 à 1960 en Ille-et-Vilaine
Lieu de l'étude : Ille-et-Vilaine (35) - 1981

Auteur : Guépin I.
Formation : histoire
Institution : université Rennes 2
Diplôme : maîtrise
Tuteur : Thobie J.
Type document : mémoire
Support : papier
nbre de pages : 143 + annexes
Iconographie : non

Localisation : cote : M446, Bibliothèque du CRHISCO, Université Rennes 2, place du Recteur Henri Le Moal, 35000 Rennes, Bât. N, Porte N 201, contact : renan.donnerh@uhb.fr au 02 99 14 18 94.
Accessibilité : consultable sur place (étudiants, enseignants, chercheurs), photocopiage possible

Résumé

Basé sur des archives du ministère de l'Intérieur (série 4M conservée aux Archives Départementales d'Ille-et-Vilaine) et des témoignages de sept réfugiés espagnols, le mémoire retrace d'abord les conditions de l'arrivée par vagues ? avec mouvements de population - des réfugiés en Ille-et-Vilaine, totalisant, au plus fort de l'affluence, 3000 personnes. L'auteur découpe son analyse en trois parties correspondant aux statuts successifs des Espagnols, selon elle : prisonniers (1937-1940), résistants (pendant la Seconde guerre), émigrés (après la Libération).
Dans la première partie, la plus importante en volume, l'auteur montre le rôle prépondérant des pouvoirs publics dans l'accueil des Espagnols, appuyée par une aide privée beaucoup plus modeste (annexe 1). L'analyse est critique, montrant en particulier, dans l'organisation de l'accueil entre 1937 et 1940, le souci financier permanent et la méfiance politique à l'égard de ces exilés, strictement contrôlés dans les camps et encouragés à quitter le territoire français (notamment parce qu'ils font concurrence aux travailleurs nationaux) en septembre 1937. Entre forte pression pour quitter le territoire par des autorités locales peut-être trop zélées et le rappel, par le ministère de l'Intérieur, du caractère volontaire de ces rapatriements ? néanmoins fortement encouragés - , l'ambiguïté demeure et le syndicat des cheminots envoie une lettre au Préfet rappelant les ordres au niveau national (annexe 10)? Certains rentrent en Espagne, d'autres (une dizaine peut-être) partent pour des pays tiers comme l'Amérique du Sud, d'autres encore cherchent des membres de leurs familles accueillis hors de Bretagne, les miliciens restant regroupés dans les camps du Sud de la France. Mais la guerre éclate entre la France et l'Allemagne et les ouvriers spécialisés espagnols sont triés sur le volet dans ces mêmes camps pour servir de main d'?uvre de remplacement (plus d'une centaine à l'arsenal de Rennes comme bourreliers et cordonniers, bien payés, qui firent venir femmes et enfants ; d'autres sont placés chez des particuliers, d'autres encore construisent le futur aéroport de Saint Jacques de la Lande à Rennes ou sont dans les Travaux publics. On compte 170 travailleurs libres à Rennes en 1939, p. 83). De plus, avec la victoire finale du franquisme en Espagne, 567 personnes (1939) refusent de partir. Et, à partir de février 1940, les Espagnols deviennent des réfugiés politiques et non plus de simples étrangers. Mais pour rester, il faut travailler et une commission française est créée pour constituer les compagnies de travailleurs (200 à Rennes en 1939, p. 83) car la grande majorité des réfugiés sont des manuels, ouvriers, artisans et agriculteurs (20 membres de profession libérale hommes et femmes à Vieux-Vy en 1939 sur plus de 300 individus). Travailleurs libres et man?uvres enrôlés constituent donc deux catégories de travailleurs espagnols. Les seconds ne sont pas rémunérés et sont surexploités, ne pouvant pas faire venir leur famille et allant de chantiers en chantiers au gré des besoins. Quant aux femmes, une quarantaine venues de Vieux-Vy sont placées comme bonnes ou employées chez des particuliers pour éviter le rapatriement.
Ce chapitre consacre une intéressante section à l'attitude des Français et du gouvernement à l'égard des Espagnols. Elle décrit en particulier la compétition que se livrent catholiques et socialistes redonnais dans l'aide apportée aux réfugiés dont l'arrivée ravive la « guerre des écoles » privée et publique (p. 62 et suiv.). Elle évoque aussi les protestations des réfugiés du camp de Verdun concernant leurs conditions de séjour, soutenus par le Comité mondial des Femmes et les délégués du Front Populaire.
La seconde partie aborde la résistance espagnole à l'occupant allemand. Les travailleurs salariés et libres ne furent pas inquiétés en Ille-et-Vilaine, tacitement protégés par les autorités françaises (cas de l'arsenal de Rennes). Le parti communiste espagnol formé en 1940 à Paris eut une solide implantation en Bretagne et c'est lui qui y organisa la résistance espagnole anti-fasciste qui rassembla des socialistes, des Républicains modérés, des anarchistes, des cénétistes (Confédération nationale du travail). Des groupes de combat se formèrent à Lorient, Brest, Rennes et Saint Malo, spécialisés dans la récupération d'explosifs, effectuant des sabotages et préparant des évasions. La Gestapo fit plusieurs rafles (au 91 bd Jacques Cartier, rue de Saint Malo, autour de la place Saint Anne et au café Susana, à Rennes) dans les milieux espagnols en 1943. Et peu de résistants du groupe de Rennes purent en réchapper (13 fusillés et 85 déportés en Ille-et-Vilaine, selon un témoin). D'autres, échappés du camp de travail Saint Anne à Brest, vécurent dans la clandestinité, grâce au réseau d'entraide de compatriotes.
A la Libération, environ 600 Espagnols, hommes, femmes et enfants, demeurent à Rennes. Ils connaissent la dureté des restrictions d'après-guerre, rendue plus difficile par la précarité de leur situation administrative car ils doivent établir une carte de travail trimestrielle à la préfecture de police. Et doivent, pour cela, éviter d'être « subversifs ». Malgré tout, des organisations anti-franquistes se forment, souvent dans la désunion entre communistes, anarchistes, socialistes, cénétistes dont chacun possède un local et un journal à Rennes, entièrement tournés vers les événements en Espagne. L'auteur décrit la vie idéologique et militante de chacun de ces mouvements. Mais l'acceptation du régime franquiste par les puissances alliées, à la fin des années 1940, inaugure une certaine démobilisation des militants de gauche espagnols et leur entrée dans des partis français. Puis, à partir de 1950, arrivent d'Espagne les premiers émigrés économiques qui n'ont pas le même vécu politique que leurs aînés réfugiés en France. Finalement, ces réfugiés d'avant guerre se sont sentis délaissés par les démocraties occidentales dans leurs luttes et oubliés de la population française et bretonne. Car celle qui vit à proximité des anciens camps a gardé peu de souvenirs, si ce n'est ceux de « bons travailleurs » « tout compte fait (?) des gens comme les autres » (p. 139). La situation en Ille-et-Vilaine n'a donc pas été différente de celle du reste de la France, conclut l'auteure : « ni bienveillance de sa part, ni charité, ni amabilité, ni compréhension » (p. 140).

Commentaire

Le mémoire complète parfaitement le travail de Janine Gouiffes (cité dans cette base de données), par sa capacité critique, ses vingt annexes reproduisant de précieux documents d'archives et l'extension de l'enquête, grâce à des sources orales, jusqu'aux années 1960. On peut reprocher au mémoire un certain manque d'organisation dans l'analyse et, pour la période la plus récente (après-guerre), de ne pas suffisamment citer ses sources. De même, la vie des réfugiés espagnols est uniquement abordée sur le plan des activités politiques et ne donne pas à voir la vie sociale et économique. Mais le travail est considérable et apporte beaucoup à l'histoire de l'immigration espagnole en Bretagne.
visites