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Observatoire des Migrations en Bretagne

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Thème : Identité
Population : Femmes
Origine : Maroc

Familles et filles marocaines à Rennes : enjeux et jeux de miroirs. Ethnicité et culture
Lieu de l'étude : Rennes (35) - 2002

Auteur : Etiemble A.
Formation : sociologie
Institution : université Rennes 2, Ceriem
Diplôme : doctorat
Tuteur : Simon P.J.
Type document : mémoire
Support : papier, microfiches
nbre de pages : 570
Iconographie : oui

Localisation : cote : TR RENNES 2002/26, Bibliothèque centrale universitaire, Campus Rennes 2, Villejean, 19, av. de la bataille de Flandres-Dunkerque, 35043 Rennes cedex, Tél. 02 99 14 12
Accessibilité : consultable sur place, photocopiage possible

Résumé

L'enquête qualitative de longue durée (années 1990) rassemble des matériaux collectés auprès de familles arrivées dans les années 1970-1980, complétées de données recueillies au Maroc lors de plusieurs courts séjours (retour "au pays" avec des Marocains affrêtant des bus). Elle est basée sur des observations et des entretiens. Les Marocains représentent la population étrangère la plus importante de Rennes. Localisés dans des secteurs assez circonscrits de la ville, leurs relations de sociabilité montrent une réelle vie communautaire, ressentie souvent de manière pesante par les filles. Ces dernières connaissent une socialisation familiale qui est largement ethnicisée par la première génération, les mères surtout, responsables de leur éducation. Dans le contexte migratoire, les injonctions parentales à la marocanité ("Chez nous, les Marocaines, agissent de telle ou telle façon", "Tu n'es pas une Française") tracent la face interne de l'ethnicité marocaine, tandis que les stéréotypes de la société française concernant les filles "arabes" (ou "musulmanes", "maghrébines") en constituent la face externe. Se définissant elles-mêmes comme Marocaines, les descendants de migrants font preuve de conduites plus ou moins conformes aux normes et valeurs familiales, que ce soit dans les sorties, les loisirs, la pratique de l'islam ou dans le choix du conjoint. Mais leurs discours et argumentations nous apprennent bien davantage encore sur leur ethnicité qui se construit au regard d'une double imputation ethnique, celle des parents et celle de la société française (les filles "enfermées", "soumises" "mariées de force" ou, au contraire, "en rébellion"). Leurs références constantes au Maroc d'aujourd'hui, par exemple, leur permettent de légitimer leurs "inconduites" sans trahir leur appartenance à une société minoritaire. De la même façon, leur argumentation sur le registre de "l'affectif" (le respect dû aux parents, la sauvegarde de leur honneur) répond, sans le dire, aux présupposés identitaires, implicites et stigmatisants, du majoritaire quand il les interroge sur l'islam ou le choix du conjoint.

Commentaire

La Thèse présente un matériau très fouillé, recueilli sur un long terme, ce qui permet de saisir les évolutions et les impacts d'événements importants pour les Marocains immigrés à Rennes ("affaires du voile", succès électoraux de l'extrême-droite, mort de Hassan II, etc.). La finesse des observations transparaît dans les nombreux exemples donnés au fil du texte. Ce souci du terrain permet d'éviter les présupposés et a priori tant positifs que négatifs. Il se conjugue avec une analyse rigoureuse et informée des théories sociologiques des migrations et des relations inter-ethniques (en cela, l'analyse proposée est classique). Ce travail vient aussi combler une lacune dans la mesure où, malgré leur poids démographique dans l'immigration en Bretagne, les Marocains font l'objet de peu de recherches.
Le choix de l'approche qualitative, particulièrement développée ici (focalisation sur les valeurs inculquées au cours de la socialisation des filles, sur les interrelations familiales, sur les propos recueillis dans les conversations informelles, etc.) ne donne pas à voir le cadre "objectif" de la migration (le contexte rennais, les conditions de vie et d'emploi, les résultats scolaires des enfants, etc.) ni son impact sur la situation des femmes telle qu'elle est décrite. Mais il s'agit là d'un choix somme toute cohérent. Ecriture simple et claire, présentation sobre et soignée.
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