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Observatoire des Migrations en Bretagne

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Thème : Identité
Population : Réfugiés
Origine : Laos

Construction du groupe et ethnicité. Adultes et jeunes Lao transplantés à Rennes
Lieu de l'étude : Rennes (35) - 1988

Auteur : Bertheleu H.
Formation : sociologie
Institution : Université Rennes 2 Ceriem
Diplôme : DEA
Tuteur : Simon P.-J.
Type document : mémoire
Support : papier
nbre de pages : 131 + annexes
Iconographie : oui

Localisation : Adériem, secrétariat : 02 99 47 15 95
Accessibilité : consultable sur place

Résumé

Dans le prolongement de sa maîtrise sur les réfugié Lao à Rennes, dans son mémoire de D.E A., Hélène Bertheleu centre le questionnement sur la construction du groupe et l'ethnicité à travers l'exemple des réfugiés adultes et jeunes Lao à Rennes à la fin des années 1980.
Après un bref rappel des situations socio-historiques qui ont conduit à l'arrivée à Rennes des réfugiés lao à partir de 1975, elle présente les caractéristiques sociologiques des réfugiés lao à Rennes et leur organisation collective. Elle dégage ainsi trois niveaux d'analyse possibles de la vie collective allant de la famille, au sous-goupe (amical) jusqu'au grand groupe, envisagé à travers la vie associative.
S'intéressant à l'identité collective, elle s'attache dans un premier chapitre, à analyser ce grand groupe et en dégage les enjeux dans la vie sociale de ses membres. L'approche du grand groupe révèle une hétérogénéité de situations parmi les membres, des tensions et conflits, des luttes de pouvoir s'affirmant avec le temps, qui ont des répercussions sur la vie associative et qui sont loin de la vision homogène d'une communauté, d'une vie communautaire, pourtant souvent répandue. Au-delà des différences, elle souligne pourtant une préoccupation générale autour de la cohésion du groupe, envers les jeunes générations, la transmission des valeurs, la continuité culturelles dans le cadre français où, à la différence de leur position majoritaire dans le pays d'origine, les Lao sont minoritaires. Elément central dans la réflexion, pour l'auteure, le grand groupe dessine les contours d'une certaine conception de l'identité lao en France. Une conception qui a des conséquences sur les formes d'appartenances à inculquer aux jeunes, qui constituent le c?ur du travail.
Cette mise en situation en arrière plan, le deuxième chapitre s'attache à cerner l'identité lao chez les jeunes générations, à leur sentiment d'appartenance et à leurs références identificatoires. La population étudiée est constituée d'un groupe d'une trentaines de garçons et filles, célibataires, avec un travail plus approfondi auprès de 18 d'entre eux (de 6 à 25 ans). Elle procéde par entretiens approfondis et observations de terrain. La diversité des situations l'amène a construire deux grandes catégories de jeunes en fonction de l'âge à l'arrivée : les plus âgés, arrivés après l'âge de 12 ans, et les plus jeunes, arrivés entre 4 et 12 ans et elle compare le rapport à l'identité lao entre ces deux groupes
Les premiers, socialisés au Laos ont développé un sentiment d'appartenance lié :à l'exil, aux problèmes linguistiques sources de difficultés sociales dans la nouvelle société mais aussi avec les jeunes générations. Le sentiment d'être étranger domine. Reliés au passé lao, ils ont cependant une manière d'être lao différente de celle de leurs aînés, intégrant les rythmes de la vie en France.
Les seconds sont plus franchement orientés vers les références occidentales (vêtements, coiffure, techniques du corps) l'école jouant un rôle non négligeable dans l'inculcation de ces valeurs parfois en contradiction avec celles des familles. A la différence du groupe précédent, ils sont plus à l'aise dans la société française, dont ils maîtrisent mieux les codes et, habiles à manier des références culturelles différentes, ils ont développé une image d'eux même plus positive, une assurance et cohérence.
Dans un troisième chapitre, elle montre qu'au-delà des différences constatées, un fonds commun, un « noyau culturel » lao coexiste avec l'acculturation en cours. Le rapport entretenu avec la religion (bouddhisme) et les techniques du corps montrent le processus à l'?uvre mais par ailleurs, elle note la persistance d'une valeur lao forte : le respect d'autrui. Ce mode de conduite ayant des incidences sur la vie en France des jeunes Lao, et limite l'acculturation. Hélène Bertheleu pose l'hypothèse que le respect d'autrui peut être ce noyau culturel , les pratiques plutôt occidentales étant à la périphérie du système culturel. Pour l'auteure, cette hypothèse permet de comprendre comment les jeunes innovent tout en restant fidèles à l'esprit d la culture, comment ils peuvent intégrer des changements sans altération du sentiment d'héritage.
Cependant, du fait de l'acculturation, elle note que dans les famille, là où l'imprégnation faisait son office d'inculcation des valeurs, de façon implicite, dans la société française, celles-ci doivent parfois être explicitées. Pour remédier aux menaces de perte des valeurs, l'association tente d'encadrer les jeunes générations et ainsi de réduire la distance qui, malgré tout, s'installe entre jeunes et moins jeunes. La vie associative agit donc comme un espace intermédiaire entre la famille et la société globale, un lieu de négociation entre parents et enfants, lieu moins sujet à frictions que le cadre familial où les jeunes peuvent plus facilement exprimer leur identité spécifique.
Allant plus avant, le dernier chapitre analyse la question du sentiment d'appartenance et de la construction de l'identité collective sous l'éclairage conceptuel de l'ethnicité, telle que définie par F. Barth et la sociologie des relations interethniques : Le sentiment d'appartenance à un groupe culturel devient, en situation migratoire et minoritaire, qui est celle des familles réfugiées lao, une conscience ethnique prise dans un rapport social inégalitaire et entraine une « manière d'être lao » particulière. Elle se manifeste par des traits culturels valorisés, réinterprétés en termes de traditions (l'hospitalité, un rapport au temps particulier), et sur lesquels s'ancrent les processus de d'identification et différenciation nécessaires à l'entretien ou la consolidation de la frontière ethnique, celle-ci permettant la reconstruction du sentiment d'appartenance, de l'ethnicité dans une société majoritaire et menaçante sur ce plan.
Le processus d'identification prend une forme nouvelle en France. Un nouveau « nous » se cristallise, les différences (sociales, géographiques) antérieures s'effaçant pour laisser la place à. une identité collective nouvelle définie par rapport au contexte où les « autres » sont les Français. Le processus de différenciation, lui, se réalise à travers la démonstration de l'altérité, sa réactivation, par divres pratiques (répétitions d'anecdotes vécues soulignant les différences entre Français et Laotiens, par exemple). Cette nouvelle construction identitaire permet de faire face au nouveau contexte, préserve le sentiment d'une continuité tout en intégrant le changement de la nouvelle situation. Mais pour l'auteure, cette continuité correspond moins à une réalité globale antérieure qu'à des attitudes qui, dans la migration, ont pris une valeur de symbole et auxquelles se rallient les jeunes générations qui revendiquent aussi, par ailleurs, le fait d'être des jeunes. Plusieurs manières d'être lao coexistent donc au sein du grand groupe et l'auteure conclut par un questionnement sur le type d'identité collective pouvant émerger dans cette réalité ?
Elle annonce dans la conclusion, son projet d'approfondir et d'élargir cette réflexion sur l'identité collective par l'étude comparative des groupes lao dans trois contextes géographiques et socio-politiques différents : Rennes, Grenoble, Montréal

Commentaire

Le mémoire de D.E.A d'Hélène Bertheleu est l'étape intermédiaire entre sa maîtrise et son doctorat. La maîtrise portant sur les familles réfugiées Lao à Rennes, elle s'attache ici, à travers l'étude des jeunes et adultes lao, à cerner les contours, la construction d'une collectivité ethnique. Elle met au jour les éléments constitutifs et analyse les différentes formes du processus d'identification ethnique des réfugiés lao de Rennes. Ce travail riche sur le plan conceptuel est une démonstration claire et intéressante sur les modalités de construction de l'identité collective en situation de transplantation. C'est aussi un travail de réflexion préalable au doctorat qui approfondira, par une approche comparative (réfugiés lao dans différents contextes) cette question de l'identité collective en situation migratoire.
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