
Observatoire des Migrations en Bretagne
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Thème : Langue
Population : Immigrés
Origine : Diverses
L?obstacle de la langue pour les immigrés en Ille-et-Vilaine
Lieu de l'étude : Ille-et-Vilaine (35) - (vers 1975)
Auteur : Pilet J.Y.
Formation : action sociale, cours des cadres
Institution : caisse nationale d'allocations familiales
Type document : mémoire
Support : papier
nbre de pages : 17
Iconographie : non
Localisation : Centre AFTAM Guy Houist, 22 rue Bahon Rault, 35000 Rennes, 02 99 84 28 78 (salle du personnel)
Accessibilité : consultable sur place, photocopiage possible
Résumé
Une description générale du dispositif d'apprentissage du français par les personnes d'origine étrangère en Ille-et-Vilaine dans les années 1970. Les cours pour adultes sont dispensés par l'Amicale pour l'enseignement des étrangers (AEE) et l'Association de solidarité avec les travailleurs étrangers (ASTI), à Rennes. Une quinzaine de cours collectifs sont dispensés tandis qu'une cinquantaine d'adhérents donnent des cours à domicile. L'auteur pointe le peu d'élèves inscrits au cours par rapport au nombre « d'immigrés » (terme qu'il ne précise pas), et met en cause le manque d'information. Les motivations à assister au cours de français ne sont pas de s'intégrer dans la société française car l'implantation en France n'est pas envisagée dès le départ. Les méthodes d'apprentissage utilisées pendant les cours de langue reproduisent l'apprentissage naturel par l'enfant et la difficulté réside dans les origines nationale très hétérogènes des classes, avec des élèves éprouvent des difficultés d'apprentissage de type différent selon leur langue maternelle.
Les cours dispensés en entreprise (loi de 1971) démarrent en Ille-et-Vilaine mais un programme a été inauguré en 1974 au terme d'un accord entre les responsables d'une fonderie employant une cinquantaine d'ouvriers turcs à Redon et le groupe chargé de la Formation Continue de l'Education Nationale (400 heures d'enseignement rémunérées par l'employeur). Mais ces cours n'ont pas emporté l'adhésion de tous les travailleurs et des abandons se sont produits, notamment après le départ de l'un d'entre eux, exerçant une influence auprès de ses compatriotes. Des cours du soir à Redon ont été également organisés dans le cadre de réseaux locaux d'amitié franco-turcs.
Les enfants étrangers sont évalués à 1500 en Ille-et-Vilaine, représentant une trentaine de nationalités dont les plus nombreuses sont les Portugais, les Marocains, les Espagnols et les Algériens. La dispersion de leurs résidences rend difficile la mise en place d'un enseignement adapté mais permet une meilleure intégration dans les classes françaises et une plus grande attention de la part de l'enseignant, car l'attitude de l'enseignant est déterminante pour l'adaptation de l'élève étranger, doublement vulnérable. L'intégration dans le système scolaire français pose le problème de l'évaluation préalable du niveau de l'élève car celle-ci ne peut être faite qu'à travers le handicap linguistique de l'enfant (en langue française), celui-ci étant assimilé, dans les faits, à un retard intellectuel, avec des conséquences analogues concernant l'orientation de l'enfant. La Classe d'Initiation, accueillant surtout des élèves portugais, a été ouverte en 1970. Elle a accueilli 8 élèves en 1975. L'enseignant suivra une formation avec étude du portugais. Une ouverture de Sixième avec portugais en première langue est prévue à la rentrée 1975. L'auteur note la tendance « à n'offrir aux adultes que des chances limitées de s'adapter en profondeur à la société d'accueil, tandis que sont également réduits, pour l'enfant, les moyens de préserver ses liens avec la société d'origine ». Il préconise des cours de français pour adultes et des cours de portugais pour les enfants.
La seconde partie traite des difficultés pour répondre, à travers le dispositif d'enseignement des adultes et des enfants, à l'attente des immigrés. L'auteur pose la question dans les termes suivants : le projet migratoire évolue au fil du temps, amenant des immigrés à rentrer dans leur pays ou, au contraire, à faire venir leur famille. Ce projet évolue en fonction des informations sur le milieu d'accueil et la connaissance du français peut y aider. L'enseignant peut-il être alors un formateur autant qu'un interlocuteur, représentant en quelque sorte la société d'accueil ? Seule la souplesse dans le déroulement pédagogique du cours peut permettre aux élèves adultes de définir, avec l'enseignant, le contenu de l'enseignement, à mesure que leur connaissance de la société d'accueil progresse et que leurs besoins évoluent (exemple des cours de Marocaines dans la Zup-sud de Rennes où les cours linguistiques et ménagers ont été fusionnés, suscitant un renouveau d'intérêt). Pour ce faire, les professeurs doivent aussi suivre un enseignement sur les phénomènes de migration. Le peu d'élèves adultes présents au cours de français pose le problème des moyens mis en ?uvre.
Commentaire
L'auteur n'indique pas ses sources ni le type d'enquête qu'il a effectuée. Le mémoire pose avec rigueur et une certaine finesse, les enjeux, les limites et les conditions de l'apprentissage du français par les travailleurs immigrés et leurs enfants en Ille-et-Vilaine dans les années 1970. Le mémoire est court, écrit sur papier pelure, et ne donne qu'une vue très générale. Il insiste, d'une façon inhabituelle à l'époque, moins sur l'aspect acculturatif de l'apprentissage du français (prendre connaissance de nouvelles valeurs) que sur son utilité professionnelle et l'aide qu'il peut procurer dans le mûrissement d'un projet migratoire.
