
Observatoire des Migrations en Bretagne
Répertoire des travaux sur l'immigration étrangère en BretagnePrésentation | Bilan documentaire | Liens
Fiche Document << Retour
Thème : Santé
Population : Immigrés
Origine : Diverses
Expérience migratoire et pratiques thérapeutiques chez les migrants à Rennes
Lieu de l'étude : Rennes (35), Vannes 56), Quimper (29) - 2005
Auteur : Guillou A. Y.
Formation : sociologie
Institution : réseau Ville-Hôpital, Rennes/Addras, Rennes/Fasild
Type document : rapport
Support : papier, téléchargeable
nbre de pages : 56
Iconographie : non
Localisation : http://www.addras.com
Accessibilité : téléchargeable
Autre localisation : Réseau Ville-Hôpital, 35, Bâtiment des Ecoles, 2, rue Henri Le Guilloux 35033 Rennes Cx, 02 99 28 41 36, reseau.ville.hopital35@chu-rennes.fr
Accessibilité : consultable sur place
Résumé
La problématique tâche de mettre en rapport relations interethniques et pratiques thérapeutiques en évaluant comment l'expérience migratoire dans toutes ses dimensions (subjective, sociale, administrative) est susceptible d'influencer les façons de se soigner. L'auteure a interviewé 30 "migrants", définis ici de façon opératoire comme des personnes nées étrangères à l'étranger et arrivées adultes en France. Elles devront alors apprendre à connaître le système de santé français et s'y adapter. Les individus ont été choisis de façon à constituer l'échantillon le plus varié possible sur le plan de l'âge, de l'origine ethnique, de la durée d'installation en France, de la situation administrative, etc. Mais ce sont surtout les ressortissants de pays du Sud, dont on fait l'hypothèse qu'ils auront le plus grand effort d'adaptation au système français à effectuer, qui sont prioritairement interviewés ici (bien que la migration la plus importante aujourd'hui en Bretagne soit britannique).
Les analyses des entretiens mettent en évidence un certain nombre de faits, dont certains sont déjà connus par d'autres enquêtes et d'autres sont nouveaux. Les conditions de l'émigration s'avèrent toujours éprouvantes physiquement ou au moins moralement. Mais l'installation en France montre un net déséquilibre entre les difficulté d'insertion (emploi, logement, "papiers") et la relative facilité de l'accès à la couverture maladie, ce qui n'est pas sans conséquence parfois sur les pratiques thérapeutiques (tendance à la surconsommation médicamenteuse chez des individus particulièrement mal insérés, en particulier des demandeurs d'asile déboutés effectuant une sorte de "compensation"). L'information concernant la santé et l'accès aux soins reste, y compris chez certains "regroupés familiaux", dispersée et parfois défaillante. Les artisans du bâtiment d'origine étrangère (principalement turcs et "maghrébins") forment un groupe à risque particulier par les conditions de travail qu'ils connaissent, dans un secteur déjà exposé.
Dans les représentations, de nombreuses pathologies sont attribuées directement à la migration (stress, nostalgie, conditions de vie précaire, climat, etc.). Les maladies professionnelles et les accidents du travail sont nombreux. Certaines représentations du corps, issues de grands systèmes étiologico-thérapeutiques traditionnels, sont susceptibles d'influencer les pratiques thérapeutiques (système humoral, système "chaud'" et "froid", notion de "force") mais, en général, les médications "traditionnelles" sont en large perte de vitesse et la consommation médicale (médecine scientifique) n'est en rien entravée par ces représentations. On relève une grande fidélité au médecin traitant, les familles "maghrébines" et turques fréquentant le même praticien depuis plusieurs dizaines d'années parfois.
Quant aux appréciations portées sur le système de santé français dans son ensemble (efficacité des traitements, compétence des professionnels de santé, organisation hospitalière, accueil et relation thérapeutique), elles sont extrêmement positives dans l'ensemble, malgré quelques bémols. Alors que les professionnels de santé pointent souvent la "barrière linguistique" comme obstacle à la communication avec les migrants, ceux-ci ne la considèrent pas comme un problème majeur (à part pendant les accouchements, où elle est plus difficilement vécue) et sont d'autant moins sensibles à cette question qu'ils viennent de milieux sociaux peu instruits et parlent un français médiocre (mais ils estiment que la communication verbale n'est pas primordiale dans la relation thérapeutique). Enfin, autre bémol, certains comportements perçus comme discriminatoires (au sens large de "différence de traitement à cause d'une origine ethnique différente") ont, dans quelques cas, été décrits par les individus interviewés, parfois avec quelque réticence, comme s'ils avaient l'impression de toucher là un tabou.
Commentaire
L'étude vient combler un manque car les enquêtes en sociologie sur ce thème sont inexistantes en Bretagne et rares ailleurs ? l'ethnopsychiatrie, la psychologie interculturelle et l'anthropologie culturelle étant beaucoup plus présentes, avec des approches qui ont durablement influencé le corps médical. Les spécificités bretonnes ne ressortent pas directement et l'approche comparative seule les ferait apparaître. Ainsi, l'accès aux soins des étrangers (notamment en situation irrégulière) est-il beaucoup plus difficile dans d'autres régions, d'après une autre enquête multisite (Ile-de-France, Nord, PACA, Aquitaine. Cf Didier Fassin et al., Un traitement inégal. Les discriminations dans l'accès aux soins, rapport, Bobigny, CRESP-Paris XIII, 2001). De nombreux tableaux présentent les résultats de l'enquête.
