
Observatoire des Migrations en Bretagne
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Thème : Travail
Population : Immigrés
Origine : Mali
Travailleurs africains en milieu rural
Lieu de l'étude : Collinée (22) - 1992
Auteur : Renault K.
Formation : sociologie
Institution : Université Rennes 2, Cériem
Diplôme : maîtrise
Tuteur : Cuche D.
Type document : mémoire
Support : papier
nbre de pages : 151 + annexes
Iconographie : non
Localisation : Adériem, secrétariat : 02 99 47 15 95
Accessibilité : consultable sur place
Résumé
Ce mémoire de maîtrise a pour objet l'immigration malienne de travail dans une petite commune des Côtes-d'Armor, Collinée. L'auteure s'interroge sur la place de la culture d'origine dans le rapport au travail des ouvriers maliens.
La première partie présente le contexte local et les caractéristiques de Collinée, commune rurale atypique des Côtes-d'Armor dont la population présente plusieurs particularités : peu d'agriculteurs et beaucoup d'ouvriers, un nombre d'étrangers (8 % de la population active) et de jeunes bien supérieur à la moyenne du département. Ces caractéristiques sont liées à l'omniprésence de l'entreprise d'abattage de Kermené qui emploie au moment de l'enquête (1990) 1200 salariés. Cette entreprise connaît deux grandes période : de sa création en 1955 par un "gars du coin" jusqu'à son rachat par le groupe Leclerc en 1978 est une période marquée par la paternalisme et la proximité des salariés avec le patron et après 1978, année à partir de laquelle l'entreprise s'agrandit et se modernise entraînant pour les salariés de relations avec la hiérarchie plus impersonnelles. A noter que depuis le changement de direction, aucun autre travailleur étranger n'a été embauché, hormis les enfants des premiers. Il sont vingt-deux au moment de l'enquête.
La deuxième partie, consacrée au rapport au travail des immigrés soninkés et toucouleurs, présente d'abord les caractéristiques des immigrés maliens venus travailler aux abattoirs à partir de 1973 : Soninké et Toucouleurs (Peuls), ils sont originaires de la région de Kayes, le plus souvent issus du monde agricole sans aucune expérience du travail industriel. L'auteur précise qu'il existe des différences entre les Toucouleurs et les Soninkés, par exemple que les premiers sont plus alphabétisés que les seconds et que dans certains cas, ils ont d'abord immigré à Bamako. Acceptant des bas salaires, les premiers Maliens ont pu être mal accueillis car leur arrivée coïncide avec la mise en place du premier syndicat dont la principale revendication était à l'époque l'augmentation des salaires. Elle revient ensuite sur l'organisation du travail et le mode de recrutement dans l'entreprise ainsi que sur la place des immigrés. Elle explique que les salariés de Kermené sont principalement recrutés dans les communes du Mené (Côtes d'Armor) et que les Maliens, quant à eux, ont été affectés dans un premier temps à des tâches difficile (service du chargement/déchargement) et pour "contrôler la situation", répartis ensuite dans les différents ateliers de l'usine, évitant ainsi selon l'auteure une ethnicisation des tâches. Enfin, le rapport instrumental au travail, les relations avec le syndicat, la maîtrise et le PDG de ces immigrés maliens n'est pas très différents de celles des "ouvriers paysans" qui composent majoritairement le personnel de l'usine. Cette similitude n'exclut pas des relations parfois tendues avec les autres ouvriers, voire une franche hostilité de leur part.
La troisième partie intitulée "hors des murs de l'usine" aborde la vie quotidienne des "Maliens de Collinée" et leurs relations avec les administrations, services sociaux, école et la population "autochtone". Leurs conditions de vie, pratiques de consommations (loisirs notamment) et d'épargne sont analysées au regard de leur projet de retour qui apparaît au fil des années de plus en plus hypothétique. Cette situation "entre ici et là-bas" conduit les différents intervenants sociaux à penser que leur intégration est sujette à caution. Si l'arrivée des femmes et des enfants a modifié la donne (notamment dans les relations de travail), le regard porté sur leur intégration ne change pas beaucoup, voire se détériore avec la scolarisation des enfants qui sont perçus par les équipes enseignantes comme "posant problème".
Pour conclure, l'auteure souligne que si le travail est le principal vecteur d'adaptation à la société d'accueil, il n'entraîne pas systématiquement l'intégration de ces ouvriers, d'autant plus que les immigrés maliens tentent, malgré l'absence, de conserver leur place au sein du village d'origine. Enfin, l'auteure pense que la question des enfants maliens sera tôt ou tard un problème préoccupant pour la commune.
Commentaire
Etude particulièrement intéressante dans le contexte actuel dans la mesure où un diagnostic territorial Fasild est en cours (2005-2006) sur la commune de Collinée. L'auteure revient avec pertinence sur le rôle de la culture dans le rapport au travail de ces travailleurs immigrés maliens tout en mettant l'accent sur l'influence des relations tant avec les autres ouvriers, le syndicat que l'équipe de direction. La question finale sur les "jeunes Maliens" est visionnaire car plus de dix ans plus tard, elle se pose avec force.
