Skip navigation
Observatoire des Migrations en Bretagne

Observatoire des Migrations en Bretagne

Répertoire des travaux sur l'immigration étrangère en Bretagne
Présentation | Bilan documentaire | Liens

Recherche de documents
[Aide]

Thèmes | Populations | Origines
Fiche Document     << Retour
Thème : Travail
Population : Réfugiés
Origine : Laos

"Relations de travail et compromis culturel. Les réfugiés lao, des 'ouvriers modèles', 'bien intégrés'", Bastidiana, n°23-24, 1998.
Lieu de l'étude : Rennes (35) - 1998

Auteur : Billion P.
Formation : sociologie
Type document : article
Support : papier
nbre de pages : 25
Iconographie : non

Localisation : BASTIDIANA, Cahiers d'Études bastidiennes - 14 rue des Bois 27800 StPaul de Fourques - mail:bastidia@club-internet.fr
Accessibilité : achat
Autre localisation : Aderiem secrétariat tél. 02 99 47 15 95
Accessibilité : consultable sur place

Résumé

Cet article de Pierre Billion s'inscrit dans la réflexion générale qu'il a menée sur l'intégration socio-économique des réfugiés d'Asie du Sud Est. Il propose d'examiner, à partir de l'exemple des ouvriers et employés Lao de Rennes les coulisses de la figure de « l'ouvrier ou employé modèle asiatique » et d'en mettre au jour les ressorts. Son analyse repose sur l'idée que réalités professionnelles et économiques ne doivent pas être séparées des autres sphères de la vie sociales, qu'il y a imbrication (embedddness) entre ces différentes sphères et donc un rapport d'influence.
Il montre ainsi que l'attitude des ouvriers asiatiques (lao surtout) dans l'entreprise, définie en termes de malléabilité, docilité, adaptation, discrétion, etc. par les patrons ou les collègues français, ne relève pas d'une stratégie de type utilitariste, où domine le simple intérêt mais qu'elle doit être associée à un fonds culturel, lié au bouddhisme et à une conception plus générale des relations sociales propre à cette population. Le don ou la réciprocité différée attendue différée constitue le soubassement de cette des relations sociales, dans tous les aspects de la vie sociale, travail y compris, du moins au Laos. De ce fait, pour les ouvriers lao, les relations avec les patrons s'établissent sur ce même mode, sous la forme d'un va et vient d'échanges, implicites généralement, mais bien réels, qui se déroulent sans jamais remettre le « compteur à zéro », l'investissement étant nécessaire à la pérennité du système. Les ouvriers « donnent » ainsi facilement de leur temps au patron (plus que n'en prévoit le cadre légal du travail, par exemple) ou acceptent des conditions précaires ou difficiles sans se plaindre mais attendent (toujours implicitement) en retour des compensations à d'autres moments (jours de congés, recrutement d'un compatriote, par exemple). Pour les Lao, comme c'était le cas dans le pays d'origine, le rapport avec le patron implique, en même temps que la relation de type purement professionnelle, une relation sociale qui n'est pas (plus) en cours dans la société française. Or, la réciprocité attendue est parfois absente, et les ouvriers lao l'interprètent comme une atteinte à leur honneur, une perte de face et dans ce cas, n'hésite pas à démissionner sans pour autant manifester une quelconque plainte ou revendication. A l'opposé de l'attitude précédente connotée positivement par les patrons donne lieu à une incompréhension et renforce le vieux stéréotype de l'« Asiatique mystérieux » pour les Français.
Si la problématique du don est souvent considérée comme applicable aux sociétés traditionnelles, Pierre Billion montre qu'elle est également présente dans la société moderne française et au-delà des conventions ordinaires où l'on donne et on l'on rend, il montre que de façon large, l'accueil des réfugiés d'Asie du Sud-Est à partir de 1975 par l'Etat français relève de cette configuration. L'accueil et ses modalités, comme la première étape de l'échange réciproque dans lequel sont pris les réfugiés et qui, ensuite agissent en fonction de ce cadre. Il faut par ailleurs tenir compte de la dimension inégalitaire de cet échange qu'il se déroule avec le patron ou la société globale, les réfugiés lao, en position minoritaires se sentent « débiteurs » et font en sorte de compenser leur dette par une attitude qui peut paraître soumise mais qui n'est finalement que le reflet du rapport de domination intériorisé.
Finalement, cet article montre à travers l'exemple des réfugiés lao que l'analyse des relations de travail, pour être pertinente doit intégrer les aspects « hors travail » que sont les cadres socioculturels des populations étudiées.
visites