
Observatoire des Migrations en Bretagne
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Thème : Histoire
Population : Etrangers
Origine : Divers
Les "étrangers" dans une société en épuration : altérité et suspicion en Bretagne. de la Libération à l'hiver 1945/1946
Lieu de l'étude : Bretagne - 2005
Auteur : Lambert F.
Formation : histoire
Institution : Université Rennes 2, Crhisco
Diplôme : master II
Tuteur : Bergère M.
Type document : mémoire
Support : papier
nbre de pages : 159 + annexes
Iconographie : oui
Localisation : cote : MH 2635, Bibliothèque du CHRISCO, Université Rennes 2, place du Recteur Henri Le Moal, 35000 Rennes, bât. N, porte N 201, contact : renan.donnerh@uhb.fr au 02.99.14.18.94
Accessibilité : consultable sur place, photocopiage possible
Résumé
Le mémoire a pour objet de « comprendre la relation complexe entre suspicion et altérité » au lendemain de l'Occupation en Bretagne, région sinistrée par la guerre et en prise avec de nombreuses difficultés de reconstruction matérielle et économique. La recherche est ancrée dans une histoire sociale de l'épuration en Bretagne, épisode qui s'avère particulièrement répressif et discriminatoire à l'égard des « étrangers » (ressortissants étrangers, naturalisés et migrants coloniaux) Sur le plan méthodologique, F. Lambert montre les limites d'une approche de la population étrangère en termes statistiques en Bretagne, jusque dans les années 1940, et fonde son étude sur l'analyse des archives émanant des cours de justice et chambres civiques, du comité départemental de Libération des Côtes-du-Nord, des rapports des renseignements généraux, de la presse locale. F. Lambert constate que le statut d' « étranger » à la communauté locale et, a fortiori à la communauté nationale, a été un puissant vecteur de suspicion au sortir de l'Occupation, malgré l'absence apparente, dans de nombreux cas, de faits objectifs à reprocher. Les personnes originaires d'Italie sont l'une des populations « étrangères » les plus visées par la demande d'épuration en Bretagne, le plus souvent accusés de fascisme. Certes les Italiens constituent la première population étrangère dans la région entre 1936 et 1946, mais leur présence n'est en rien aussi « visible » qu'à Nice par exemple. Les Algériens, eux, sont aussi l'objet l'accusation sans preuve, de collaboration avec la gestapo (indicateurs). Enfin, les personnes originaires d'Europe du Nord et de l'Est (Polonais) sont également fortement visés par la demande d'épuration, perçus à leurs dépends dans une proximité culturelle avec l'occupant. Cette même proximité culturelle ne peut toutefois être évoquée pour les originaires d'Espagne, également inquiétés par la justice après la Libération, pour des faits, dont certains avérés, de collaboration économique. Des étrangers, notamment des Nord-Africains sont victimes d'agressions, d'homicides, mais plus généralement, ils sont d'objet d'un climat de suspicion au sortir de l'occupation dans toute la région. La population « étrangère » soupçonnée de collaboration a également fortement connu la détention (un sur deux dans le Finistère ou les Côtes-du-Nord), soit parce qu'ils étaient considérés comme dangereux, soit pour les protéger des violences des communautés locales. Le « collabo » est l'incarnation de la dissolution de l'identité française, c'est pourquoi l'épuration n'est pas perçue comme une simple affaire de justice par les sociétés locales mais comme un phénomène plus profond touchant à l'identité même du groupe. A la Libération, l'image dominante de l'étranger est celle de l'espion et du traitre. La trahison étant assimilée à une déviance, elle ne peut être le fait que d'individus à la marge. Or les étrangers sont souvent d'implantation récente en Bretagne et leur mode de vie peut paraître incompréhensible à la population locale, suscitant la « genèse d'accusations parfois les plus irrationnelles ». L'exclusion de l'étranger, à travers la figure du « collabo », permet une dynamique de reconstruction identitaire en définissant les « bons Français ». La Libération ne met pas fin aux difficultés quotidiennes en Bretagne et les « étrangers » sont vus comme des rivaux inacceptables sur le marché de l'emploi. Ici, les italiens semblent les plus stigmatisés à la fois en raison de leurs professions liées en général au secteur du bâtiment et leur attitude jugée suspecte sous l'occupation. Les étrangers, en particulier les commerçants et les marchands itinérants (des Chinois, des Nord-Africains), sont également soupçonnés de faire du marché noir et accusés de parasiter le ravitaillement alimentaire, ainsi rendus responsables des pénuries. In fine l'auteur interroge l'influence de ces représentations négatives sur les étrangers au regard de leur implication importante dans les mouvements de résistance en Bretagne. En fait, seuls les Espagnols, en raison de leur résistance active et structurée, donc plus visible, bénéficient de représentations moins tranchées que les autres étrangers et d'un réel sentiment de reconnaissance à leur égard dans l'après-Libération. Pour les autres, l'image du « mauvais étranger » domine en Bretagne.
Commentaire
Cette recherche, historique et sociologique, dévoile un pan douloureux, trouble, de l'histoire bretonne où le sort réservé par les « locaux » aux « étrangers », perçus et désignés comme tels, montre le lien complexe entre reconstruction identitaire et suspicion des étrangers, à travers le portrait du « collabo ». L'analyse, fouillée et pertinente, des documents judiciaires de la période de l'épuration montre que la suspicion des « étrangers » a été un phénomène d'une ampleur importante, si l'on considère, d'une part, le faible nombre d' « étrangers » sur le territoire breton et, d'autre part, le décalage entre accusations et faits avérés.
