
Observatoire des Migrations en Bretagne
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Thème : Adaptation
Population : Immigrés
Origine : Diverses
Etrangers à Loudéac. Approche sociologique de quelques familles
Lieu de l'étude : Loudéac (22) - 1987
Auteur : Farhat H.
Formation : sociologie
Institution : Université Rennes 2, Ceriem
Diplôme : maîtrise
Tuteur : Simon P.J.
Type document : mémoire
Support : papier
nbre de pages : 108
Iconographie : non
Localisation : Adériem, secrétariat : 02 99 47 15 95
Accessibilité : consultable sur place
Résumé
Etudier les modes de vie des étrangers en situation de transplantation dans une petite ville du centre Bretagne, afin de voir si, "avec le temps, les différences entre étrangers et nationaux s'atténuent, et surtout ce qui se passe au niveau de la deuxième génération" (p. 7), tel est le but de l'étude menée par une étudiante en sociologie elle-même"étrangère". L'enquête a consisté à recueillir les propos de professionnels loudéaciens (assistants sociaux, prêtres) et de mener une pré-enquête auprès d'une dizaine de familles (turques, vietnamiennes, sénégalaises, marocaines et algériennes) parmi les 21 d'origine étrangère que compte Loudéac, rencontrées par l'auteure dans le cadre de l'exercice de sa profession d'assistante sociale. Puis son choix s'est fixé sur quatre familles qui ont fait l'objet d'une étude plus approfondie.
Loudéac se distingue par l'implantation en 1962 d'une industrie agro-alimentaire qui lui redonne un essor démographique et économique perdu depuis le début du 19ème siècle et attire autant la main d'?uvre disponible sur place que des populations nouvelles. La ville compte ainsi 10756 habitants en 1982. Un centre AFPA ouvre en 1973, attirant des Réunionnais qui restent sur place à la fin de leur stage. La ville voit aussi arriver des travailleurs portugais puis turcs et africains dans le bâtiment et dans le secteur forestier. Enfin, le Centre Hospitalier a également attiré des employés d'origine étrangère.
La répartition professionnelle se fait par origine nationale : les Vietnamiens travaillent dans la restauration, les Turcs sont ouvriers forestiers ou du bâtiment, les Sénégalais sont ouvriers d'usine (excepté un surveillant de lycée), les Marocains ont un emploi plus diversifié (ouvriers, interne d'hôpital?). On note le cas intéressant de sept étrangers du corps médical travaillant comme internes à l'hôpital (excepté l'un d'entre eux qui est chirurgien). Aucune équivalence de diplôme n'est demandée à ces internes qui viennent parfois directement d'universités étrangères. Quant aux femmes, 6 sur 20 ont un emploi, les autres sont demandeuses d'emploi (2) ou ne souhaitent pas exercer une activité professionnelle. Les ouvriers turcs sont les plus touchés par le chômage mais restent dans la ville car la capacité de logement demeure importante, de même que les potentialités du secteur forestier. Dans les années 1980, les logements sociaux se dégradent et les "Français" ont tendance à les fuir pour leur préférer des logements neufs dans des lotissements. Comme il n'y a plus de création d'emploi, il n'y a pas d'arrivée de nouvelles populations et les appartements demeurent vides. Malgré cela, on ne relève pas de réelle concentration de familles étrangères dans la ville (voir la carte) bien que les Turcs, les Marocains et les Sénégalais habitent dans leur grande majorité en HLM.
Le cadre de l'immigration ainsi posé, chacune des quatre familles est décrite de façon très vivante, dans son histoire migratoire et sa vie à Loudéac, dans toutes ses dimensions, y compris dans ses relations sociales et ses contacts avec le pays d'origine : le couple sénégalais arrivé comme basketteurs, qui animz la vie sportive locale ; la famille recomposée marocaine dont l'épouse se pense ensorcelée et développe des problèmes de santé graves ; la famille turque dont le mari a vécu l'instabilité des industries de la région, en étant mis au chômage plusieurs fois et retrouvant chaque fois du travail grâce à sa mobilité ; les Vietnamiens enfin, réfugiés politiques, arrivés à Loudéac en sortant d'un CPH par le biais d'un emploi de cuisinière pour l'épouse dans un restaurant "exotique" de la ville bretonne et pris en charge localement par un groupe d'accueil. De même que le curé joue un rôle dans l'organisation de la réception de ces Vietnamiens, il préside également un petit groupe s'intéressant au rapprochement entre Catholiques et Musulmans.
La conclusion cherche à dégager les traits généraux de l'"intégration" (une notion qui reste floue dans ce mémoire), en tenant compte tant des facteurs antérieurs à la migration (âge, profession, projet migratoire) que des facteurs consécutifs à celle-ci (réseaux intra-ethniques, particulièrement forts chez les 7 familles turques de la ville ; attitude tolérante de la société d'accueil vis-à-vis de la religion ; perception des étrangers plutôt indifférente à Loudéac, sans contacts suivis ; condition de l'accueil des étrangers, facteur de réussite de l'implantation pour la famille vietnamienne par exemple ; et réticences à l'introduction dans le milieu familial d'une aide à domicile chez le couple marocain ; rapport au travail qui est davantage tourné vers l'accumulation de l'argent, condition du retour au pays que vers le travail comme but en soi).
Commentaire
L'intérêt principal du mémoire est l'originalité de la situation décrite, celle de l'immigration en milieu rural, encore mal connue, d'autant que le texte date de 1987. Le souci de décrire le milieu d'accueil est constant dans la recherche, ce qui rajoute à sa valeur, de même que les descriptions vivantes et puisant dans le quotidien des quatre familles suivies. Plusieurs tableaux décrivent en chiffres la situation des 21 familles d'origine étrangère de Loudéac (âge des enfants, types d'emploi, type de logement). La présentation est simple mais soignée avec une lecture facile.
La principale critique porte sur l'appareil conceptuel. Le terme d'"intégration" n'est pas défini ni même interrogé, bien que la dernière partie s'attache à évaluer cette "intégration" et les facteurs qui agissent sur elle.
