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Observatoire des Migrations en Bretagne

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Thème : Adaptation
Population : Immigrés
Origine : Laos (Hmongs)

Les Hmong immigrés en Ille-et-Vilaine
Lieu de l'étude : Ille-et-Vilaine (35) - 1996

Auteur : Gauthier E.
Formation : sociologie
Institution : Ecole des hautes études en sciences sociales, Paris
Diplôme : DEA
Tuteur : Zimmermann F.
Type document : mémoire
Support : papier
nbre de pages : 153
Iconographie : oui

Localisation : Adériem, secrétariat : 02 99 47 15 95
Accessibilité : consultable sur place

Résumé

L'histoire des Hmong, peuple descendu de la Chine du Sud vers le Laos au cours des siècles précédents, et leur exil en France après l'instauration d'un régime communiste au Laos est décrite dans un premier temps. L'arrivée en France est un peu le fruit du hasard car les Hmong avaient noué des relations plus fortes avec les Etats-Unis pendant la Seconde guerre d'Indochine. Mais la France a pris part à l'accueil des ressortissants de son ancien protectorat sur le Laos. Rennes fait partie de villes abritant un CPH, dans le cadre de la politique française de dispersion de la réception des réfugiés. Car les Hmong sont réfugiés politiques et non travailleurs migrants, comme le laisserait supposer le titre du mémoire. Au foyer Guy Houist, 1600 Asiatiques auraient été hébergés, dont 36 % de Laotiens et, parmi eux, un quart de Hmong. L'auteur a recensé 47 groupes domestiques hmong dont 3 familles polygames (appartenant à 9 clans différents), répartis dans différents quartiers de Rennes (quartiers périphériques Sud, Villejean et Maurepas essentiellement) (cartes). Une vingtaine d'autres groupes domestiques sont répartis en Ille-et-Vilaine.
L'auteur interroge l'ethnicité hmong en Ille-et-Vilaine à travers la langue (les Hmong ont peu l'occasion de s'exprimer en français, à part dans des lieux précis comme l'église ou les lieux de travail. Néanmoins, la langue hmong se perd chez les jeunes dont certains maîtrisent mieux le français) ; la scolarisation des enfants et l'emploi des adultes (travail manuel dans de petites ou moyennes entreprises pour les hommes, femmes au domicile ou faisant les saisons de maraîchage), l'espace relationnel du clan et de la "communauté" et, enfin, la religion (syncrétisme s'articulant autour du chamanisme et du culte des ancêtres mais il existe aussi 37 familles catholiques en Ille-et-Vilaine).
Il conclut sur l'influence de la culture française sur les Hmong. Pour les anciens, le choc de l'exil est rude car, outre les effets perturbateurs de la migration, ils connaissent une perte de leur rôle social intra-ethnique. Mais tous font l'effort de s'adapter malgré la nostalgie (visionnage de cassettes de villages hmong) tout en vivant essentiellement dans le milieu familial. Leurs emprunts à la culture française sont surtout matériels (adaptation du vêtement, etc.). Quant aux adultes, l'acculturation intervient dans des domaines plus profonds tels que l'éducation des enfants (plus sévèrement élevés), le statut de la femme (qui prend la parole pour tenir tête à son mari, participe aux décisions, a une scolarisation parfois plus poussée, etc.). Les adolescents se trouvent dans une position plus difficile car ils ont une conscience ethnique différente de celle de leurs aînés. Ils veulent être considérés comme des Français sans rejeter leur appartenance hmong mais manifestent un moindre intérêt pour les traditions et les festivités, en estimant certaines "dépassées", comme les traditionnels jeux de balle favorisant les rencontres entre jeunes Hmong du sexe opposé. Les conflits de génération naissent principalement entre parents et jeunes filles. Le groupe ethnique et le clan (essentiellement le groupe familial) sont les lieux privilégiés de reconnaissance et d'acceptation. Les discours hmong recueillis sur la tradition estime que les Hmong de Thaïlande ou implantés en Guyane française (1400 personnes) sont plus "authentiquement hmong" mais qu'ils sont "un peu en retard" (p. 113).

Commentaire

Un travail ethnographique fouillé, basé sur un fort investissement de terrain car, plus que l'interview, l'auteur a privilégié la participation aux activités et la présence dans les milieux hmong. Il a ensuite poursuivi avec une thèse de Doctorat sur les Hmong dans le Gard. De nombreux exemples pris sur le vif et les extraits de dialogues rendent les descriptions vivantes. Les informations de première main, notamment statistiques, permettent de bien situer les groupes familiaux hmong en Ille-et-Vilaine (localisation, clans, etc.). Il n'existe pas d'autres travaux sociologiques sur les Hmong en Bretagne, mais un ethnologue, Jean-Pierre Hassoun, a consacré sa carrière à ce groupe dans d'autres régions françaises, permettant ainsi des comparaisons. On peut regretter toutefois que les interactions avec la société bretonne ne soient pas étudiées, privilégiant une sociologie des parcours migratoires et de l'acculturation à une sociologie des relations interethniques.
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