
Observatoire des Migrations en Bretagne
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Thème : Accueil
Population : Demandeurs d'asile
Origine : Diverses
L'attente des demandeurs d'asile à l'épreuve du temps
Lieu de l'étude : Vannes (56) - 2004
Auteur : Bivoit M.
Formation : assistant social
Institution : IRFSS, Croix rouge française, Toulouse
Diplôme : diplôme d'Etat
Type document : mémoire
Support : papier
nbre de pages : 34
Iconographie : non
Localisation : Cada de Vannes, 3 avenue Wilson, 56000 Vannes, 02 97 47 86 22
Accessibilité : consultable sur place, photocopiage possible
Résumé
Au cours d'un stage de 5 mois effectué dans le Centre d'Accueil de Demandeurs d'Asile (CADA) de Vannes , l'auteure découvre la lenteur de la procédure de demande d'asile et décide de s'intéresser à ce temps très particulier, qui ne peut être celui du travail (circulaire de 1991 interdisant l'emploi aux demandeurs d'asile) mais qui n'est pourtant pas celui de l'attente passive au jour le jour.
L'auteur présente d'abord le dispositif général de demande d'asile et le bouleversement des identités qu'il occasionne, puis réfléchit autour de trois concepts, ceux d'identité, de temps dans sa dimension subjective, et d'anticipation (dont le projet constitue une stratégie adaptative du temps d'attente, sachant que les taux de rejet des demandes d'asile sont extrêmement élevées, de l'ordre de 80 %), les adaptant à la situation particulière des demandeurs d'asile, à propos desquels il existe très peu de littérature spécifique.
Puis l'enquête de terrain sur la gestion de l'attente est abordée. Cette recherche prend appui sur des entretiens menés auprès de 4 demandeurs d'asile du CADA à différents moments de leur parcours administratif (dépôt de demandes à l'OFPRA, rejet de l'OFPRA avec dépôt de recours à la Commission des Recours, obtention du statut de réfugié). L'un est russe, l'autre rom du Kosovo, la troisième géorgienne et la quatrième albanaise. Le rendu de l'enquête suit un ordre chronologique : les conditions de départ (souvent grâce à des passeurs extrêmement bien renseignés sur les différentes régions françaises), la confrontation à une nouvelle société (très peu parlent français en arrivant mais ceux qui arrivent des villes sont moins désorientés ; les difficultés de l'hébergement dans des hôtels avant l'accueil dans le CADA, l'impossibilité de travailler) ; l'incertitude de la réponse ? une réponse négative les obligerait à partir, parfois après plusieurs années passées en France ? , que chacun vit à sa manière (résignation, refus d'y penser pour rendre la situation supportable). Tous trouvent les délais trop longs. Les souffrances accumulées placent les demandeurs d'asile dans un état psychologique de fragilité qui ne s'extériorise pas. Les hommes en particulier, se voient retirer leur rôle de soutien de famille. Ces angoisses ont des répercussion sur l'état de santé (consommation d'alcool, de tabac, troubles psychosomatiques). L'attente s'accompagne néanmoins d'un investissement du quotidien permis par l'hébergement dans des appartements autonomes. Les enfants et adolescents ont rapidement investi leur nouvelle vie, avant les adultes, et parlent couramment le français en quelques mois. Une routine s'installe pour ces derniers, entre tâches ménagères, cours de français et démarches administratives, temps répétitif mais sécurisant. La possibilité de travailler allègerait l'angoisse. Tous ont des projets professionnels voire familiaux (maternité en cours pour certaines femmes). Ainsi, ce temps suspendu qui, selon l'auteure, est voulu par les institutions, est effectivement un temps investi pour la reconstruction d'une identité.
La dernière partie s'interroge sur les formes d'accompagnement social les mieux adaptées aux demandeurs d'asile. L'accompagnement doit être spécifique et comprendre une approche culturelle (consciente néanmoins des statuts sociaux différents des deux protagonistes, les demandeurs d'asile et le travailleur social) et une approche psychologique (instaurer un climat rassurant?). Le juste dosage de l'accompagnement social est également nécessaire.
Commentaire
La réflexion sur la notion de temps subjectivement vécue par les demandeurs d'asile est une approche intéressante pour les travailleurs sociaux, même si elle s'appuie sur 4 cas seulement. Le CADA où a eu lieu l'enquête, dans ses spécificités individuelle et régionale n'apparaît pas, bien qu'il soit fait très rapidement mention, dans les dernières pages, des associations de soutien aux demandeurs d'asile. De même, on ne retient comme information concernant les demandeurs d'asile du CADA de Vannes, que la mention d'une forte proportion de personnes venues d'Europe de l'Est. Bien que cela ne constitue pas le sujet du mémoire (qui est d'abord, et bien légitimement, une réflexion de jeune travailleuse sociale sur les populations qu'elle a accompagnées et les fonctions qu'elle peut exercer auprès d'eux), il serait intéressant de connaître les spécificités de l'accueil de chaque CADA breton, en terme de caractéristiques des demandeurs d'asile accueillis notamment. Le rôle des passeurs est, de ce point de vue, juste effleuré. Les capacités d'insertion socio-économique dans le tissu breton intéresseraient également le lecteur. On lit par exemple dans le mémoire que les personnes interviewées se sont toutes débrouillées, avec succès, pour poser des jalons vers un emploi si leur demande d'asile était acceptée.
