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Observatoire des Migrations en Bretagne

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Thème : Adaptation
Population : Réfugiés
Origine : Laos (Lao)

Une situation de transplantation. L'exemple de familles lao à Rennes
Lieu de l'étude : Rennes (35) - 1987

Auteur : Bertheleu H.
Formation : sociologie
Institution : Université Rennes 2, Ceriem
Diplôme : maîtrise
Tuteur : Simon P.J.
Type document : mémoire
Support : papier
nbre de pages : 222
Iconographie : non

Localisation : Adériem, secrétariat : 02 99 47 15 95
Accessibilité : consultable sur place

Résumé

Le but du travail est de rendre compte de l'acculturation des familles lao (ethnie majoritaire du Laos) installées à Rennes après avoir fui leur pays dans les années 1970-1980 et réfugiées politiques. Le fil est monographique, abordant chacun des aspects de la vie (intégration socio-économique, aspects socio-culturels, vie religieuse, relations avec les Français). L'enquête sociologique est basée sur des entretiens répétés (de trois à dix) avec six familles lao (plutôt des familles de leaders), ainsi que des observations menées dans ces mêmes familles lors des visites.
Le premier chapitre décrit le cadre de la société d'origine et les étapes transitoires successives que ces personnes ont connues, des camps de réfugiés en Thaïlande aux centres de transit et au Centre Provisoire d'Hébergement à Rennes. Celui-ci, le Foyer Guy Houist, a accueilli 320 réfugiés lao jusqu'en 1983. La fonction des CPH et ses paradoxes sont analysées (objectif d'insertion versus localisation géographique périphérique et marginale, et dépendance vis-à-vis des travailleurs sociaux) en se référant à la littérature dépouillée et aux dires des interviewés. Au sortir du CPH, les réfugiés doivent brutalement trouver un emploi et un logement. Celui-ci, situé dans les quartiers à habitat social dans un premier temps, est une adaptation de l'habitat laotien (décoration, salon remplaçant la véranda de la maison lao). Mais l'accès à l'emploi se caractérise par un déclassement social généralisé, même si les chefs d'entreprise montrent une attitude bienveillante à l'égard de ces réfugiés et embauchent en concertation avec les CPH. Cette situation professionnelle est conçue comme provisoire et l'on fait référence aux métiers d'origine pour désigner les uns et les autres. Le travail des femmes est perçu avec ambiguïté, entre nécessité budgétaire pour s'installer et consommer et rupture trop brusque avec le mode de vie lao transplanté, où la femme est considérée comme gardienne de la culture. D'une façon générale, les réfugiés lao rencontrés ont du mal à s'adapter au rythme et à la dureté du travail qu'ils exercent en France et les épisodes de maladie sont fréquents.
Ces projets d'ascension professionnelle sont reportés sur les enfants qui en général, ont de bons résultats (mais pas tous) car l'instruction est valorisée et la connaissance de la "laocité" (langue, etc.) est mise au second plan au profit des résultats scolaires, même si les valeurs prônées dans le milieu familial (respect et obéissance aux parents surtout) sont mises à l'épreuve par la culture de la société d'accueil transmise par l'école. Ainsi, ces familles manifestent-elles une nette volonté d'intégration qui n'est pourtant pas une volonté d'assimilation. La religion bouddhique (hinayana), conçue comme une morale et un trait central de la culture lao, menacé par le mode de vie français, est ainsi perçue comme importante à enseigner aux enfants même si la pratique est plutôt l'apanage des personnes âgées. Mais la fréquentation de la pagode, que les Lao partagent avec les Cambodgiens (le bonze est cambodgien et entretenu par ses compatriotes), est un moment de la vie sociale. Les Lao souhaiteraient disposer d'une pagode à eux mais la crainte du bruit et d'une trop grande extériorité dans les manifestations religieuses (processions) les font craindre les réactions des voisins français. Mais les avis des plus âgés ne sont pas les mêmes. Les relations avec les Français font apparaître plusieurs niveaux de discours. Passé le discours de grande reconnaissance vis-à-vis de l'accueil français, la peur de "certaines mauvaises coutumes des Français" liées par exemple à la liberté sexuelle et l'absence de piété filiale apparaissent. Mais les relations, à défaut d'être suivies, sont généralement cordiales ou empreintes d'indifférence réciproque dans le monde professionnel, le voisinage. Les manifestations xénophobes existent mais ne sont pas fréquentes. Les perceptions réciproques sont analysées dans le chapitre consacré aux relations institutionnalisées avec la société globale (fêtes organisées par les Lao comme une mise en scène de leur ethnicité, relations avec les associations d'aide, avec les anciens d'Indochine, etc.).
Enfin, l'auteur termine son enquête sur des observations de terrain permettant de mettre à jour les liens sociaux intra-ethniques dans l'exil et décrit le "noyau dur" de la famille, le réseau téléphonique entre parents et amis dispersés aux quatre coins du monde, les mariages, le pique-nique annuel, les leaders. Elle conclut que le "grand groupe" est structuré par une hiérarchie sociale issus pour une bonne part du passé. Cet ensemble social se divise en sous-groupes rassemblant un petit nombre de familles de la même génération et apparentées socialement.

Commentaire

Le travail, malgré ses maladresses de mémoire d'étudiant fournit un matériel de première main sur l'installation de familles lao à Rennes et la structuration interne et externe du groupe ethnique. Tous les détails de la vie y sont abordés avec la mise à distance critique propre à la démarche sociologique : les stéréotypes positifs dont jouissent les "Asiatiques" sont par exemple interrogés.Il présente de plus l'intérêt de fournir des chiffres de première main issus du dépouillement du fichier du Foyer Guy Houist (structure par sexe et âge, reclassement professionnel) et de l'AUDIAR.
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