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Observatoire des Migrations en Bretagne

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Thème : Adaptation
Population : Réfugiés
Origine : Asie du Sud-est

L?intégration sociale des réfugiés du Sud-Est asiatique en France : L?exemple du quartier de Villejean à Rennes
Lieu de l'étude : Rennes (35) - 1984

Auteur : Cavalan V. Contim C. Duval M.N.
Formation : sciences sociales appliquées au travail
Institution : Université Rennes 1
Diplôme : licence
Tuteur : Avezard C.
Type document : mémoire
Support : papier
nbre de pages : 82 + annexes
Iconographie : non

Localisation : Centre AFTAM Guy Houist, 22 rue Bahon Rault, 35000 Rennes, 02 99 84 28 78 (salle du personnel)
Accessibilité : consultable sur place, photocopiage possible

Résumé

L'enquête collective, réalisée pendant deux ans, sur « l'intégration sociale des réfugiés d'Asie du Sud-Est » se base sur un matériel à base de questionnaires et d'entretiens recueillis à Villejean (quartier Nord-ouest de Rennes) auprès d'une trentaine de familles originaires du Sud-est asiatique, des enseignants, des employeurs et des responsables d'équipements publics et collectifs de quartier. Les groupes familiaux sont considérés successivement sur le plan de l'habitat, la maîtrise de la langue française (parfaite chez les enfants, moins importantes chez les adolescents, les femmes ne s'exprimant quant à elles que par interprètes durant l'interview), les vêtements (seules les femmes ont une jupe ou un pyjama traditionnels) et la transmission des traditions culturelles (pratiques religieuses grâce à la venue d'un bonze cambodgien, maintien des habitudes alimentaires en famille, danses folkloriques intéressant peu les enfants). Les auteurs concluent à un attachement aux valeurs profondes des cultures d'origine, la femme étant le garant de ces valeurs. Cet attachement nuit à l'adhésion à des valeurs culturelles nouvelles par les adultes, estiment les auteurs. La scolarisation des enfants se caractérise par un décalage entre l'âge et le niveau scolaire (14 enfants sur 34) mais l'adaptation au système scolaire français se réalise très bien (bons résultats, bonne intégration au milieu scolaire).
Quant à l'intégration socio-économique, elle est rendue très difficile par une conjoncture défavorable et des difficultés d'adaptation liées au climat, aux rythmes, aux coutumes et aux méthodes de travail. 6 personnes (soutiens de famille) sur 29 interviewées sont sans emploi. Mais les chiffres dans l'échantillon montre un emploi relativement stable (45 % occupent le même emploi depuis le début), la plupart dans des postes d'ouvriers ou d'employés non qualifiés, au bas de l'échelle des salaires et travaille dans des entreprises de taille moyenne qui embauchent plusieurs réfugiés. Seuls 4 soutiens de famille ont conservé la même fonction professionnelle que dans leur pays. L'enquête est également menée dans 10 entreprises embauchant des réfugiés d'Asie du Sud-Est. Trois des dix employeurs ont confié avec succès des responsabilités d'ordre matériel à des employés asiatiques mais aucun parmi eux n'a voulu prendre de poste d'encadrement, arguant de leur mauvaise connaissance du français ; cela signifiant en fait un refus de confrontation avec la population locale. La volonté de formation professionnelle (rémunérée) s'exprime et les employeurs sont satisfaits de leurs personnels asiatiques, perçus comme « consciencieux , méticuleux, ordonnés, efficaces » (13 citations) avec une ponctualité, un faible absentéisme mais quelques problèmes de santé (allergie, manque de force physique, etc.). Les relations avec les salariés sont qualifiées de bonnes et de distantes à la fois, mais dans 6 cas sur 10 des problèmes de racisme ont été signalés dans l'entreprise (allusions faites au fait que les Asiatiques « volent » l'emploi des Français).
Enfin, l'évaluation de la participation aux équipements et structures de quartier montre que les réfugiés d'Asie du Sud-est ne cherchent pas à attirer l'attention, ni d'ailleurs à participer aux activités du quartier, préférant rester en retrait mais demeurant respectueux des lois et courtois. Ils sont perçus comme appartenant à des « communautés un peu fermées conservant vivantes leurs cultures ». Les manifestations de racisme existent mais sont rares.

Commentaire

L'intérêt de ce travail d'étudiants réside dans la diversité du matériau de terrain recueilli tant auprès de familles du Cambodge, Laos, Viêt Nam qu'auprès de membres de la société d'accueil. Cela permet des comptages intéressants et rarement effectués (parcours professionnels, perceptions des employeurs, scolarité des enfants notamment). De plus, l'ancienneté même de l'enquête, réalisée peu de temps après l'arrivée des réfugiés d'Asie du Sud-Est, en fait presque un document d'archive, précieux en ce qu'il montre comment la population était perçue à l'époque. Cela permet de mesurer l'évolution des représentations. En effet, certaines critiques - aujourd'hui adressées aux populations turques par exemple - de « repli », de difficulté à s'imprégner de la culture du milieu d'accueil sont à l'?uvre ici.
La faiblesse majeure du travail est l'inadéquation de son appareil conceptuel avec le recueil des données de terrain. Bien que les auteurs aient l'intuition que « l'intégration sociale, participation active des personnes à la vie d'une société, n'est pas un phénomène à sens unique « (p. 74), et qu'ils cherchent à le montrer dans le recueil des données, ils n'en tirent pas toutes les conséquences et restent concentrés sur « l'identité culturelle et sociale » qui n'est pas opérante dans cette étude. Cette distorsion entre essai de réflexion théorique mal dirigé (l'acculturation est perçue comme une simple interaction de groupes ethniques différents ; l'intégration est vue comme une collaboration harmonieuse entre les groupes ; le processus d'intégration est évalué à l'aune de « l'écart entre la culture d'origine et la culture nouvelle ») et recueil de données de terrain aboutit à des conclusions générales qui ne sont pas d'ordre empirique mais d'ordre idéologique : peu ou prou, le défaut d'intégration est synonyme de défaut d'acculturation, voire d'assimilation. Le mémoire est donc surtout intéressant dans ses descriptions empiriques.
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