
Observatoire des Migrations en Bretagne
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Thème : Adaptation
Population : Réfugiés
Origine : Cambodge
L?adaptation de quelques femmes cambodgiennes à la vie quotidienne française
Lieu de l'étude : Rennes (35) - (vers 1983)
Auteur : Regnier M.
Formation : conseiller en économie sociale et familiale
Institution : école supérieure d'économie sociale et familiale
Diplôme : fin d'étude
Type document : mémoire
Support : papier
nbre de pages : 42 + annexes
Iconographie : oui
Localisation : Centre AFTAM Guy Houist, 22 rue Bahon Rault, 35000 Rennes, 02 99 84 28 78 (salle du personnel)
Accessibilité : consultable sur place, photocopiage possible
Résumé
L'auteur s'est d'abord intéressée aux femmes cambodgiennes au cours d'un stage au Foyer Guy Houist (CPH) de Rennes où elle a eu l'impression que les femmes « asiatiques » avaient plus de difficultés que leurs maris à participer à la vie du Foyer. Elle étudie ces femmes sous trois angles : l'observation de la vie quotidienne, les phases d'intervention des membres de la société d'accueil et, enfin, l'autonomisation des femmes, qu'elle voit comme une adaptation résultant d'un compromis. L'étude se base sur dix entretiens avec des femmes de tous âges et situation matrimoniale, arrivées en 1980-1982. Elle se double d'observations dans les familles, l'association Khmère d'Ille-et-Vilaine, le Foyer Guy Houist.
La seconde partie décrit les compromis réalisés dans la vie quotidienne. Le logement comprend des éléments de mobilier français mais utilisés à la cambodgienne, c'est-à-dire poussés le long du mur pour pouvoir continuer les activités à même le sol, sauf lorsque des Français sont accueillis. Le vêtement porté à l'extérieur est entièrement français et cela, pour toutes les femmes interviewées, par souci de ne pas « choquer les Français ». En revanche, le sarong, jupe traditionnelle d'intérieur, continue d'être porté dans les appartements et le sampot (jupe traditionnelle d'extérieur) est porté les jours de fête mais pas systématiquement, l'auteur remarquant à cet égard que les femmes éprouvent des difficultés « à affirmer devant les Français leur culture ». Les enfants quant à eux sont habillés à la française. La cuisine comprend beaucoup de riz mais les autres produits de base sont français (avec un complément acheté dans les magasins asiatiques, qui sont chers) et les produits laitiers, inconnus au Cambodge, sont consommés par deux familles. Les femmes font essentiellement de la cuisine cambodgienne (44 repas sur 50) à part lors des petits-déjeuners où les habitudes françaises ont été adoptées. Les produits manquants sont remplacés par des produits locaux, « testés » dans un premier temps (comme les c?urs de bananiers remplacés par le fenouil). Les repas sont consommés sans rythme fixe, « quand il y a le temps », sauf dans trois familles. Les invités lorsqu'ils sont nombreux sont reçus sur une natte, au sol, comme au Cambodge. Mais les compromis réalisés par les femmes diffèrent selon la variable de leur situation matrimoniale (plus que toutes les autres variables). Les femmes mariées ont une vie se rapprochant, plus que les veuves et les célibataires, de la vie cambodgienne. Les raisons en sont données en détail (p. 19).
L'auteur s'intéresse ensuite au processus du compromis et à son fil chronologique. Comme beaucoup de travaux de l'époque, elle prend pour acquis que les femmes rurales, à la distance culturelle plus grande, sont moins aptes au changement (elle cite l'habitude consistant à manger du beurre et du fromage comme signe d'adaptation?). Elle pense aussi que ces femmes « ont un mental moins fragile que le nôtre » au vu de ce qu'elle ont vécu sous le régime khmer rouge, la majorité ayant perdu des proches. Les institutions s'occupant de l'aide aux réfugiés sont décrites (Foyer Guy Houist où l'on sent bien, entouré de compatriotes, mais vivant trop au jour le jour), Le Secours Catholique a quant à lui suscité la création de nombreux groupes d'accueil de réfugiés d'Asie du Sud-Est en Ille-et-Vilaine (12 familles cambodgiennes aidées de 1979 à 1982). Une soixantaine de ces groupes se sont formés avec l'arrivée massive des « boat people », non sans difficultés parfois (p. 28), l'aide étant complétée par la famille, les amis.
Sur le chemin de l'autonomie des femmes, l'enfant occupe une place d'intermédiaire important, tandis que le Foyer ou des leaders de l'association khmère d'Ille-et-Vilaine sont également sollicités. Globalement cependant, les femmes sont responsables de leur budget, de leur vie quotidienne. Mais les difficultés de l'adaptation demeure : le climat, le rythme de vie plus rapide, le travail ou le chômage sont des sources de problème. La santé s'en ressent avec notamment des problèmes de fatigue pouvant aller jusqu'à la dépression. Le sentiment de solitude et de tristesse est aussi évoqué mais cela est compensé par le calme d'un pays en paix, la gentillesse de la population française (exprimé 6 fois).
L'étude se termine sur quelques propositions faites aux travailleurs sociaux pour améliorer l'accueil des femmes cambodgiennes comme la compréhension de la culture de l'autre, la décentralisation des activités du Foyer Guy Houist, trop protecteur, la mise en place d'un service de suite pour pallier l'isolement de certains femmes. Enfin, elle pointe les limites du travail social et son ethnocentrisme trop fréquent, insuffisamment sensible à la différence culturelle.
Commentaire
L'étude est fouillée et établie sur une enquête sérieusement menée, avec une volonté de mettre à jour les variables qui interviennent dans l' « adaptation » des dix femmes cambodgiennes interviewées. Conformément aux problématiques dominantes dans les années 1980, la notion d'adaptation est au c?ur du questionnement. La dernière partie s'éloigne de cette démarche empirique rigoureuse et se livre à des considérations générales et moins intéressantes sur les notions de liens culturels, d'adaptation, et la nécessité de reconnaître la culture de l'autre. L'intérêt de l'étude réside aussi dans son ancienneté.
